Le regret maternel
Bonjour ma sista,
Quand on me demande si j’ai déjà regretté de devenir mère, il y a quelque chose qui m’agresse. Je trouve la question, à priori, très violente. J’ai l’impression qu’on confond tout. On peut être fatiguée, épuisée par une situation sans la regretter, regardez les athlètes et les coureurs du tour du France comme ils en chient ! Personne ne leur demande s’ils regrettent. Aussi bien sûr que mes enfants m’exaspèrent parfois. Ils sont parfaits mais parfois ils sont sacrément relou. Toute relation comporte des parts d’ambivalence. Si je me dispute avec quelqu’un ou que je suis fâchée avec une personne, on ne va pas me demander si je regrette de l’avoir rencontrée ou si je regrette qu’elle soit née ! Ce serait considéré comme hyper dark comme approche. Il y a quelque chose d’insupportable pour moi dans l’idée qu’on puisse effacer l’existence de Merv et Trez ou penser qu’un monde sans eux serait un meilleur endroit où vivre. Quel scandale ! Plus sérieusement, je crois qu’on ne peut pas regretter une personne.
Précision de taille, je pense que c’est différent de dire “je regrette d’être mère”, qui est une parole très importante et qui mérite d’être accueillie avec toute la bienveillance possible, que de demander “tu regrettes”. Ce n’est pas du tout la même portée ou la même signification profonde. Quand j’écoute donc les discours des femmes qui parlent de regret, je me rends compte qu’elles ne regrettent pas leurs enfants, elles les aiment. Mais elles regrettent leur statut maternel. C’est un sujet complexe et très important. C’est un regret politique. Beaucoup disent ne pas avoir eu vraiment le choix, d’avoir été poussée à devenir mère. Mais alors peut-on parler de regret quand on a pas consenti librement?



