Passé présent cartons
Journal de changement de vie.
Cette semaine, j’écris tous les jours, des lettres un peu plus courtes.
Quand on est un peu sentimental (mais qui ne l’est pas ?), faire ses cartons ressemble vite à un foutu inventaire de ses souvenirs. La petite robe rouge que j’ai gardée depuis mes 15 ans, la pirogue en bois que j’ai rapportée de mon stage à Dakar, une lettre de mon papa, quelques cadeaux de mes ex, les bracelets de maternité de mes diables, et j’en passe. Je me coltine des tartines de nostalgie lourdes et grasses mais je peux pas m’empêcher de me resservir. Oh mais le temps passe si vite ! Oh mais je ne savais pas combien j’avais de la chance de le connaître ! Oh mais ferme-là un peu, scotche le carton, avance, regarde devant !
Déménager est une introspection coercitive. Un tribunal. Pas le choix, il va falloir payer l’addition avec soi-même. A chaque objet ramassé le passé en procès. L’objet te fixe frontalement avec une sale tronche comme les gargouilles de Notre-Dame. Il accuse. Tes habits pour sortir ? Ah oui ? Tu comptes ressortir où exactement ? Tes rollers, tes chaussures pour courir ? Le tribunal aimerait savoir la dernière fois où tu as fait du sport. Le pull que t’as offert ton ex ? Ajoutée comme pièce à conviction dans le dossier “tu es impossible à aimer.” Et bah ouais ma vieille on est là nous, on oublie rien ! On te suit, on te traque, tu ne nous échapperas pas, tu crois pouvoir surfer sur ta propre vague, non non non, tu es poursuivie par tes abysses.



