Retour à Rennes
Journal de changement de vie
Cette semaine, je t’écris tous les jours, des lettres plus courtes.
Je quitte Paris mais pas pour aller n’importe où. Pour retourner où j’ai grandi, donc, à Rennes. J’ai habité 20 ans de ma vie à Rennes (ou presque), puis 20 ans (ou presque) à Paris. Je suis autant parisienne que bretonne. C’est quelque chose, encore, de revenir là où on a grandi. Je pense que ce ne serait pas concevable pour moi si je n’avais pas le sentiment d’avoir trouvé au moins un peu de ce que je cherchais en partant.
J’ai un copain à Berlin qui vient d’Égypte et avait écrit un poème sur son exil. Je me souviens d’un vers en particulier “le vrai voyage, c’est le retour”. C’était seulement quand il avait pu retourner au Caire après plusieurs années loin des siens qu’il s’était rendu compte de combien il se sentait loin de ses proches. Sans bien sûr pouvoir comparer mon expérience à un exil politique, je vois tellement ce qu’il veut dire. Les deux fois où je suis partie vivre loin de chez moi, une fois à Dublin, une autre fois à Berlin, j’ai totalement compris. Tu reviens avec le souvenir d’une expérience que tu ne peux pas vraiment partager, ou partiellement, et sans toi bien sûr la vie a continué et les dynamiques ont évolué, même subtilement. Même avec des proches restés très présents pendant ton départ. Le retour est un nouveau voyage, on ne revient jamais à ce qui était. Une expérience du décalage.



